Publié dans Afrique

Aux Origines De La Peinture Multi-Raciale Sud-Africaine

Durant l’époque coloniale, les artistes présents en Afrique du Sud ont tendance à vouloir montrer ce « nouveau monde » en détail. Thomas Baines a parcouru le pays, enregistrant sa flore, sa faune, ses habitants et ses paysages – pour les montrer à son retour en Europe.
Vers la fin du XIXe siècle, les peintres Jan Volschenk, Hugo Naudé et le sculpteur Anton van Wouw ont commencé, par leur travail, d’établir un art ancré localement. Leur travail est le premier aperçu d’une vision artistique de la vie telle qu’elle est vécue en Afrique du Sud. C’est le moment où l’Afrique du Sud, avec l’Union de 1910 et donc la fin officielle de l’époque coloniale, commence à acquérir sa propre identité nationale.
De son côté le peintre d’origine hollandaise JH Pierneef, après des débuts impressionnistes, va donner à ses paysages, dépourvu d’habitants humains, une sensibilité froidement géométrique, un ordre strict, introduisant à sa manière l’idéologie nationaliste afrikaner.

Dans les années 1930, deux femmes artistes, Maggie Laubser et Irma Stern, en utilisant les techniques et les sensibilités du post-impressionnisme et de l’expressionnisme, portent un regard nouveau sur le pays. Leur utilisation audacieuse de la couleur et de la composition, et leur point de vue très personnel, scandalise en bousculant les vieux concepts. Pourtant, de jeunes artistes comme Grégoire Boonzaier ou Maud Sumner se réjouissent de ce souffle nouveau. Aujourd’hui Irma Stern est l’artiste sud-africain le plus cher sur le marché de l’art : deux de ses œuvres viennent de se vendre pour 1,6 et 2 millions d’Euros.

Art et apartheid

Les années d’apartheid de l’histoire sud-africaine (1948-1994) sont caractérisées par une grande diversité, de la peinture de paysage à l’art abstrait, en rapport avec des courants naissants en Europe et aux Etats-Unis, alliés à un sentiment farouchement local de ce que signifiait être un artiste dans ce pays en ces temps troublés. Parfois l’art sud-africain semblait flotter au-dessus des questions politiques du moment, et d’autres fois s’y confronter frontalement avec vigueur et perspicacité.
Inévitablement, dans les premières années de l’apartheid, comme à l’époque coloniale, les artistes noirs ont été largement négligés. C’était aux artistes blancs (qui avaient la formation et les ressources, ainsi que le soutien des galeries) de construire un art sud-africain.
Après la Seconde Guerre mondiale, les soldats de retour et certains immigrants ont rapporté des idées européennes. Jean Welz, par exemple, né en Autriche en 1900, a apporté une analyse détaillée, nuancée et sophistiquée des natures mortes, des portraits, des nus et des peintures de paysage.
Maurice van Essche, né en Belgique en 1906, a introduit les techniques modernistes de son maître Matisse à des sujets spécifiquement africains, avec des formes puissamment stylisés et des couleurs « fauves ».
Mais tandis que des artistes apportaient les techniques européennes à l’objet africain, les formes africaines commençaient également à influencer le travail des artistes sud-africains blancs. L’appropriation de formes d’art allant des anciens Égyptiens à l’art rupestre des Bushmen (ou San) caractérise ainsi l’art sud-africains des années 1950. Walter Battiss était un fervent amateur de l’art rupestre San. Dans Symboles de la vie (1967), par exemple, les motifs San sont stylisés en une sorte d’alphabet symbolique, et sont dispersés sur toute la surface d’une peinture quasi-abstraite.
D’autres artistes ont trouvé différentes façons d’interagir avec les stimulis visuels de l’Afrique, que ce soit en adaptant ses « formes » ou en trouvant des façons d’intégrer ses textures dans leurs œuvres, comme Alexis Preller, Bettie Cilliers Barnard, Erik Laubscher ou Cecil Skotnes. Ce dernier, fortement influencé par Picasso, a d’ailleurs travaillé en étroite collaboration avec des artistes noirs.

L’émergence des artistes noirs

Les artistes noirs, tels que Gerard Sekoto et George Pemba sont restés loin de l’influence européenne. Ils se sont simplement attachés à décrire leur réalité et leur environnement, de manière directe, mais avec une grande force expressionniste.
Dans les années 1930, Sekoto dépeint la vie urbaine africaine dans des endroits comme Sophiatown et District Six, lieux tumultueux de l’émergence d’une culture noire encore inavouée. Yellow Houses, Sophiatown, de 1940, est la première œuvre d’un artiste noir achetée par la Johannesburg Art Gallery. En 1947, Sekoto a quitté l’Afrique du Sud pour s’installer à Paris. Mais la maladie et la paupérisation intermittentes n’ont pas permis à son travail d’atteindre les sommets qu’ils avaient en Afrique du Sud.
George Pemba, en revanche, est resté chez lui, dans son canton de Motherwell, près de Port Elizabeth, continuant patiemment et humblement à peindre la vie simple des populations noires pauvres, malgré le manque de reconnaissance du public – qui arrivera tard dans sa vie, quand une prise de conscience de l’art noir mit enfin Sekoto et Pemba dans la lumière.
En 1952, Cecil Skotnes prend la tête du Polly Street Art Centre de Johannesburg. Il va permettre l’émergence à la fin des années 50 et 1960, d’artistes noirs modernistes tels que les peintres Ephraim Ngatane, Louis Maqhubela, Durant Sihlali, ou les sculpteurs Sydney Kumalo, Ezrom Legae et Lucas Sithole. Inévitablement, ces artistes noirs vont commencer à donner leur voix à une nouvelle sensibilité politique.
Le manque de ressources fait que de nombreux artistes noirs ont dû compter sur des supports autres que la peinture à l’huile. Nécessité faisant loi, Dumile Feni (connu sous le nom Dumile), par exemple, est devenu un maître du dessin, souvent au stylo à bille. Il est également l’un des très grands sculpteur africain. Puisant son sentiment de colère, de frustration et de désespoir dans la vie quotidienne de ses compatriotes noirs, il produit des figures comme déformées par les forces mêmes de la société. Il peint également sa propre version de Guernica, un cri de douleur à la souffrance humaine. Dumile s’exile en 1968 et meurt à New York en 1991. Ephraim Ngatane et Durant Sihlali, eux, ont beaucoup peint à l’aquarelle.

Artiste inclassable, Vladimir Tretchikoff, un émigré russe qui avait beaucoup voyagé avant de s’installer en Afrique du Sud, a développé en même temps un style virtuose (longtemps raillé comme le sommet du kitsch) et une grande perspicacité commerciale qui lui a permis de vendre les posters de ses tableaux comme La Mort du cygne ou Fille chinoise (également connu comme The Blue Lady) à des millions d’exemplaires à travers le monde.

En réponse à la répression

Le caractère répressif de l’Etat-apartheid augmentant dans les années 1970 et 1980, de nombreux artistes ont abordé les dures réalités de la vie en Afrique du Sud, parfois de front, parfois par des chemins détournés.
Au début des années 1980, par exemple, Paul Stopforth fait une série d’œuvres traitant de la torture et des techniques d’interrogatoires de la police sud-africain – cause de la mort du héros de la résistance Steve Biko, et de nombreux autres.
Robert Hodgins a choisi la satire du pouvoir dans des peintures qui sont un écho sinistre mais risible du roi Ubu d’Alfred Jarry.
Dans ses peintures, lithographies et sculptures, Norman Catherine a développé une ménagerie inquiétante de figures humaines torturées.
William Kentridge utilise de puissants dessins expressionnistes pour exposer les hypocrisies et les ironies de la vie blanche d’Afrique du Sud (récemment, il a étendu sa technique aux films animés et aux installations).

La scène artistique contemporaine

Grâce à des prix importants comme la Vita Award FNB, qui encouragent de nouveaux talents, grâce aux entreprise telles que MTN ou Gencor, qui ont assemblé des collections remarquables, et aux nombreuses galeries indépendantes, la scène contemporaine sud-africaine reste d’une richesse et d’une variété exceptionnelle, avec des artistes aussi divers qu’Esther Mahlangu (et ses peintures murales, tradition des femmes ndebeles), Beezy Bailey, Paul Du Toit (le Miró sud-africain), Velaphi Mzimba, Richard Mudariki, Johann Louw ou la controversée Marlene Dumas, née en 1953 au Cap mais qui vit aux Pays-Bas depuis 1976…

 

 

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Rédacteur En Chef - Auteur

7 commentaires sur « Aux Origines De La Peinture Multi-Raciale Sud-Africaine »

  1. Ce qui s’est passé en Afrique du Sud est une véritable tragédie. Mais il faut aussi avouer que la période de l’apartheid a été l’une des périodes les plus prolifiques dans le domaine artistique.

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  2. j’adore les peintures de la continent de la l’afrique. Et ils représentent le style de vie historique qui était très joli par rapport au style de vie du monde moderne. Ces peintures vous font ressentir la culture de nos ancêtres qui ont vécu leur vie par rapport au monde moderne des hommes. Merci d’avoir porté les tableaux. Continuez votre bon travail.

    Aimé par 1 personne

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