Publié dans Artiste de la Semaine

HEMLEY BOUM « L’exemplarité se perd, mais les jeunes ne doivent pas renoncer et doivent poser des actes »

Née à Douala, Hemley Boum a sillonné le continent d’Est en Ouest pendant 12 ans pour finir par s’installer en France en 2009. Un parcours qui a permis à cette ancienne commerciale en charge de grands comptes d’observer les relations qui s’établissent entre les hommes et les femmes dans la société africaine. Difficile d’imaginer cette spirituelle évoluer pendant sept ans dans le secteur du B to B. Hemley Boum semble flotter au-dessus du monde.

Si elle devait pénétrer la fiction, elle serait un narrateur extérieur : celle qui observe et raconte en restant neutre. Tout en « dévoilant son regard sur le monde avec impudeur, pour mieux rencontrer l’autre », avoue cette boulimique de lecture.

Hemley Boum dégage une sorte de force tranquille. La voix est posée, le flot de paroles pondéré, les mots sont choisis… Elle a ce goût de la langue, du style. Sa démarche est sociétale, sa forme de prédilection, elle, est romanesque. « Il me fallait éviter le discours prophétique, philosophique ou universitaire », concède-t-elle.

La littérature africaine doit être incarnée

Auteure de trois ouvrages au succès critique, elle prendra le temps avant d’accoucher de son premier opus, Le Clan des femmes en 2010. « L’étape, ce n’est pas la publication, mais l’acte d’écriture », confie celle qui a choisi de ne jamais renoncer.

Quand elle se rend au salon du livre pour démarcher, elle enverra son manuscrit à 30 maisons d’édition et n’essuiera que des refus avant que L’Harmattan ne la retienne. Puis l’édition La Cheminante, avec qui elle « entretient une très bonne relation ». Et publiera deux autres opus : Si d’Aimer (Prix Ivoire à Abidjan, 2013) et Les Maquisards (Grand Prix d’Afrique Noire, mention spéciale du prix Ethiophile, 2015, le prix du livre engagé, 2016).
« Il ne faut pas se décourager. Nous avons besoin d’écrivains afrodescendants. Nous ne sommes pas nombreux et encore moins nombreuses », clame celle qui souhaite que la nouvelle génération d’auteur.e.s ancre l’Afrique – les villes, les pays, les sociétés – comme les Noirs-Américains l’ont fait. « La littérature africaine doit être incarnée ».

C’est en découvrant la « littérature d’ailleurs » que naîtra cette envie de « raconter le monde en partant de soi », à l’instar de quelques grands pontes du genre : de l’Américain Philip Roth à « la mère en littérature des romancières afrodescendantes » Toni Morrison, en passant par les Russes Tolstoï et Dostoevsky, ou encore le Nigérian Ben Okri. Autant de références transversales, mais pas des moindres, qui lui ont fait prendre conscience de l’importance de raconter aux autres son propre univers. L’Afrique. Le Cameroun.

Raconter l’Afrique

Si elle a grandi dans une famille « très ouverte », un environnement « propice à l’épanouissement, auprès d’une mère bienveillante vis-à-vis de [sa] féminité (…) », Hemley Boum ne s’est jamais déconnectée de l’environnement extérieur. Dans ses ouvrages, elle « pointe du doigt la société patriarcale mais ne la juge pas, ne la stigmatise pas ». Les hommes ne sont pas en reste et subissent aussi « la pression sociale et familiale ».

« une femme peut faire tout ce qu’un homme fait si la société l’y autorise »

Souvent taxée de féminisme, elle est l’invitée de toutes les conférences liées à l’émancipation de la femme africaine. Un concept qui n’a, pour l’auteure, pas vraiment de sens en Afrique ni ailleurs. « Je suis éminemment concernée par toutes les problématiques féminines. Pour autant, s’inscrire dans un courant serait reconnaître des faiblesses à combler, or une femme peut faire tout ce qu’un homme fait si la société l’y autorise. La femme africaine souffre néanmoins de disqualification et a besoin que sa contribution à la société soit reconnue ».

Hemley Boum continue à raconter la relation entre le Cameroun et l’extérieur, la manière dont la société et la population évoluent. Consciente de « l’angoisse populaire » dont souffre son pays, mais aussi de son « énergie », elle compte sur la jeunesse pour que celle-ci continue à rêver. « L’exemplarité se perd, mais les jeunes ne doivent pas renoncer et doivent poser des actes ». Hemley Boum l’a fait… Reste à la nouvelle génération d’emboîter le pas !

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Rédacteur En Chef

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